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Cette nouvelle série hot (inspirée d'un classique bouillant) nous rappelle pourquoi les coordinatrices d'intimité gèrent autant

Encore une future série hot (inspirée d'un classique bouillant du genre) qui nous rappelle pourquoi les coordinatrices d'intimité gèrent autant © Paramount

Dans le genre des fictions érotiques, Liaison Fatale est un peu le Citizen Kane du Q, un véritable mètre-étalon. O joie : Paramount + a déployé depuis le 1er mai un remake (en série) de ce classique très hot. L'occasion d'adapter la chose à l'ère #MeToo. Et il y a du taff.

L'histoire de Liaison Fatale (1987) est simple comme bonjour : un avocat à qui tout réussit (taff, famille, immobilier, bref, la vie de rêve) s'éprend le temps d'un week-end d'une charmante collaboratrice. Mais ce qu'il pensait n'être qu'un "coup d'un soir" va vite vriller au harcèlement pur et dur. Et aux menaces.

Dans le genre thriller sulfureux, ce long-métrage d'Adrian Lyne (que les amateurs de séances coquines connaissent surtout pour Neuf semaines et demie) se pose là. En vérité, c'est la pierre angulaire de tout un genre qui se décline depuis trente ans à l'écran, et ces dernières années sur des plateformes comme Netflix : Addicted, Fatale, Rencontre Fatale, Obsessed, Sombre désir... la liste est longue. Quand il y a "fatale" dans le titre, vous pouvez déjà vous attendre à une histoire de manipulations moites et perverses.

C'est dire si Liaison Fatale a eu de très, très nombreux héritiers plus ou moins dignes - son réalisateur lui-même a épuisé le filon du thriller érotique bien tendu, jusqu'au tout récent Eaux profondes avec Ben Affleck et Ana de Armas. Et ce n'est pas près de s'arrêter. Car une autre plateforme, Paramount +, nous propose depuis le 1er mai un remake en série du célèbre et sexy film. Relou ? Pas forcément. Attendez, on vous explique.

Mieux penser le cul après #MeToo

Mais pourquoi refaire Liaison Fatale trois décennies plus tard, alors que les remake inavoués ont depuis déferlé et épuisé l'originalité déjà très relative du postulat de départ ? Et surtout, comment rivaliser avec l'un des couples les plus marquants des années 80, le binôme Michael Douglas/Glenn Close ? Réponse simple : on vous met au défi de ne pas trouver le film original un brin décalé avec l'époque actuelle, ses moeurs, ses réflexions.

Sur le papier, Liaison Fatale est un film qui diabolise à fond l'adultère, source du châtiment très progressif que va subir le protagoniste et sa famille proprette. Bon, pas de doute, c'est bien un film américain de ce côté-là. Mais on pourrait aussi "cringer" en s'attardant sur le traitement du personnage féminin, Alex. Celle-ci se résume à un concentré de psychoses et de névroses, totalement instable, certes brillamment interprétée par un Glenn Close possédée par son rôle, mais à côté de qui notre pauvre héros apparaît... comme une victime.

Alors que l'on s'en doute, les choses sont un brin plus compliquées que ça.

Equilibrer la balance est justement le challenge avoué de cette série Paramount +. La star du projet, l'acteur Joshua Jackson (oui oui, le Pacey de Dawson, mais pas que), qui partage l'affiche avec la géniale Lizzy Caplan (Masters of Sex), nous l'assure d'ailleurs texto du côté de Télé Loisirs : "la série garde les grandes lignes du long mais saisit l'opportunité d'approfondir les personnages de l'histoire, de l'actualiser. Dan, le protagoniste, devra faire face aux répercussions de ses actes, alors que dans le film, il est vraiment la victime sympathique et doit trouver une solution afin de faire face à cette personne folle !".

"Coordinatrice d'intimité, c'est une profession géniale"

De quoi affoler ceux qui hurlent à la propagande féministe ou au wokistan à la moindre info. Alors qu'en fait, il s'agit simplement d'ajouter un brin de densité et de justesse à une histoire que l'on connaît tous. Pour Joshua Jackson, l'idée est de tirer le portrait d'un mec "qui est prêt à tout risquer pour préserver sa propre fierté et vanité". En gros, déployer non pas une autre histoire, mais un autre point de vue sur la même histoire. Féminin en l'occurrence, puisque c'est la réalisatrice Silver Tree qui est derrière la caméra. Malin.

Alors que l'on a jamais autant détaillé ce qu'est la masculinité toxique (spoiler, la vanité y joue son rôle), en quoi consiste une relation hétéro qui l'est tout autant, ce qu'est la manipulation émotionnelle, l'emprise dans le couple, et que le couple lui aussi a été largement éclaté (à l'heure du polyamour, l'adultère semble moins diabolisé), pas de doute, il était grand temps d'offrir à Liaison Fatale un léger coup de neuf.

Mais la série prend aussi le virage de l'ère #MeToo en bénéficiant d'une profession bien connue pour son apport sur des shows comme Normal People ou Obsession : une coordinatrice d'intimité. Les scènes de sexe (multiples on s'en doute) de Liaison Fatale ont été directement pensées et chorégraphiées par cette médiatrice chargé de s'assurer du consentement et des bons gestes des comédiens dans les instants les plus délicats.

"Les coordinateurs d'intimité sont toujours présents et je pense qu'il s'agit d'un ajout important à la façon dont nous créons des séries. J'ai déjà été dans des situations où je sentais que ma partenaire n'était pas à l'aise pour se faire entendre, et c'est peut-être la pire situation au monde. Personne ne devrait quitter le travail en se sentant personnellement abusé. La présence de quelqu'un qui, sur le moment, peut dire 'l'actrice' n'est plus d'accord pour faire ça', c'est est un grand pas en avant !", explique d'ailleurs la star de la série.

Sa binôme Lizzy Caplan est sur la même longueur d'ondes. Auprès de Parade, elle explique : "Je pense que c'est génial comme profession, parce qu'ils sont vraiment là pour que tout le monde se sente plus à l'aise. C'est extrêmement important pour les acteurs qui débutent et qui n'ont pas vraiment trouvé leur propre voix sur le plateau. Avoir quelqu'un pour vous protéger, c'est incroyable. Surtout que les scènes de sexe devaient à tout prix fonctionner, sinon la série ne fonctionnerait pas". On l'avoue, difficile de contredire cette analyse.

Alors, on se mate ça ?

publié le 8 mai, Clément Arbrun, Purebreak

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