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Juliette Binoche publie un texte puissant et évoque "ces blessures qui provoquent une rage"

En quarante ans de carrière, Juliette Binoche a été confrontée de nombreuses fois aux violences et aux abus de pouvoir dans le monde du cinéma. Dans une interview au journal "Libération", publiée ce samedi 27 avril, l'actrice multi-récompensée revient sur tout ce qu'elle a vécu à la lumière du mouvement #MeToo et des récentes révélations de Judith Godrèche.

Elle est une des actrices françaises les plus connues dans le monde. Mais à ses débuts, dans les années 1980, Juliette Binoche ne connaissait rien du cinéma. Dans un texte publié dans le journal Libération, l'actrice prend pour la première fois la parole sur les violences sexuelles dont elle a été victime et évoque "ces blessures provoquent une rage".

Souvent pendant des castings, qu'elle enchaînait dans l'espoir de décrocher un rôle. Une "grande foire aux enchères des actrices", explique-t-elle. Presque à chaque fois, les réalisateurs, comme Jean-Luc Godard ou André Téchiné, lui demandent de se déshabiller, de jouer une scène nue, et la regardent sous toutes les coutures. Ou lui demandent de leur laisser des photos d'elle nue. Durant les tournages, c'est la même chose : les réalisateurs veulent qu'elle apparaisse dénudée devant la caméra.

Juliette Binoche parle des cinéastes qui profitent des jeunes femmes rêvant de devenir actrice. Après avoir tourné avec le réalisateur Pascal Kané dans le film Liberty belle, il l'invite à dîner pour parler d'un nouveau projet. "Alors qu'il me désigne la vue sur le front de Seine, il se jette sur moi pour m'embrasser. Je l'ai repoussé vigoureusement. Je n'en revenais pas", raconte-t-elle à Libération. L'ex-compagne de Benoît Magimel pointe aussi du doigt le réalisateur Jacques Doillon, récemment accusé de viol par l'actrice Judith Godrèche. En plus des scènes de nu qu'il lui impose immédiatement, il fait jouer à Juliette Binoche des scènes perturbantes avec l'acteur Sami Frey, qui joue son beau-père. "Ta mère veut que je t'aime. Elle veut que nous fassions l'amour ensemble", dit le personnage de Sami Frey. "Pas sûre d'avoir compris ces répliques à l'époque", admet aujourd'hui Juliette Binoche.

"Mes limites sont devenues nettes" dit Juliette BinocheBaiser forcé, mains qui la touchent à des endroits intimes, photo d'elle nue sur une affiche de film... Toutes ces agressions font remonter un traumatisme ancien : "avoir été touchée par un maître d'école à 7 ans qui m'apprenait à lire en caressant mon sexe derrière son bureau", se souvient l'actrice du Patient anglais.

D'autres types de violences émaillent la carrière de Juliette Binoche. Pendant le tournage des Amants du Pont-Neuf, réalisé par son compagnon Leos Carax, elle doit tourner une scène dans la Seine, à plusieurs mètres de profondeur, et frôle la noyade. Alors qu'elle n'a plus d'air, elle fait un signe pour être remontée mais personne ne l'aide. Elle finit par revenir toute seule, difficilement, à la surface. Le plongeur professionnel lui dit avoir reçu pour consigne de ne pas la secourir. "Ce jour-là, mes limites encore mal définies jusqu'alors sont devenues nettes", lance Juliette Binoche, déterminée à ne plus se laisser faire.

Aujourd'hui, la comédienne, qui vient de fêter ses 60 ans, se réjouit que les cinq femmes nommées pour le César de la meilleure actrice cette année l'aient été pour des films réalisés par des femmes, comme Sandra Hüller, pour Anatomie d'une chute. Juliette Binoche, maman d'une jeune actrice, a suffisamment de recul pour comprendre les mécanismes d'abus de pouvoir dans le monde du cinéma. Le but de Juliette Binoche, dont le témoignage dans Libération est à lire ici : que les réalisateurs et les actrices se considèrent désormais comme des égaux, peu importe si le chemin est long et difficile.

publié le 27 avril, Lucie Gosselin , Purepeople

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