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Bâtiment 5 : le film de Ladj Ly est-il tiré d'une histoire vraie ?

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Après Les Misérables, film choc sorti en 2019, Ladj Ly revient au cinéma avec son nouveau long-métrage : Bâtiment 5. Le réalisateur s'est-il nourri de sa propre expérience pour cette oeuvre ?

Près de 4 ans après Les Misérables, qui a notamment remporté le César du Meilleur film en 2020, Ladj Ly revient derrière la caméra avec Bâtiment 5. Après nous avoir raconté le parcours chaotique de trois policiers de la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, le cinéaste change de perspective en s'intéressant à la politique et au mal-logement.

Sorties, news, interviews... Retrouvez toute l'actualité des films Indés Alexis Manenti, le flic rugueux des Misérables, incarne cette fois Pierre Forges, un jeune pédiatre propulsé maire d'une commune de banlieue parisienne : Montvilliers. Ce dernier va se retrouver confronté à Haby (Anta Diaw), jeune femme très impliquée dans la vie de la localité.

La militante découvre le nouveau plan de réaménagement du quartier dans lequel elle a grandi. Mené en catimini par Pierre Forges, il prévoit la démolition de l'immeuble où la jeune femme a passé toute son enfance. Avec les siens, elle se lance dans un bras de fer contre la municipalité et ses grandes ambitions pour empêcher la destruction du bâtiment 5.

Montvilliers, une vraie ville de banlieue parisienne ?

Après Montfermeil dans Les Misérables, commune réelle située en Seine-Saint-Denis, Ladj Ly a préféré situer l'action de Bâtiment dans une ville fictive : Montvilliers. "Je suis issu de Montfermeil, j'y ai grandi, ai été nourri par les histoires de ses habitants qui imprègnent forcément mes films mais dans ce cas, j'ai voulu élargir le cadre. Ce qui se passe dans les quartiers de Montfermeil se passe dans de nombreuses autres villes, en France comme ailleurs", explique le réalisateur.

En inventant une ville, Ladj Ly s'est dit que tout le monde pourrait s'y refléter. "De même pour le principe d'un film choral, qui explore des histoires dans l'histoire, de la trajectoire de ce maire à celle d'une militante associative, de son ami ou du maire adjoint. Le tout lié par un constat sur le politique. Bâtiment 5 assure qu'il est temps de repenser les choses", indique le metteur en scène.

Pour Ladj Ly, Haby symbolise tout cela en cherchant des pistes, de nouveaux moyens de faire bouger les lignes. "À travers elle, j'ai autant voulu évoquer cette nouvelle génération de gens issus des quartiers qui commencent à s'intéresser à la politique qu'à celle qui détient encore le pouvoir mais ne comprend plus rien à notre monde", estime le cinéaste.

Tiré d'une histoire vraie ?

Si Bâtiment 5 nous raconte une histoire ancrée dans le réel, le récit est totalement inventé, tout comme Les Misérables. Par ailleurs, Ladj Ly s'est nourri de son expérience en banlieue parisienne pour construire son scénario. Ce dernier a grandi à Montfermeil et a été témoin de l'un des plans de rénovation urbaine les plus importants en France.

"Si ce film s'intitule Bâtiment 5, c'est parce que c'est précisément dans cet immeuble que j'ai grandi. J'ai vu le plan de rénovation urbaine, un des plus importants du pays, se mettre en place, mais aussi comment la population des quartiers en a été victime", se souvient l'artiste de 45 ans.

"L'expropriation des gens avec rachat de leurs appartements à des montants ridicules montrée dans ce film est une réalité qui m'a marqué. Il faut appeler les choses par leur nom, ça a été une gigantesque arnaque", dénonce-t-il. "On se rend compte avec notre tournée, dans toutes les villes de France, Lille, Lyon, Roubaix ou Marseille, ce sont les mêmes problématiques", soutient-il dans les colonnes de France Info.

Au micro de France Inter, Ladj Ly précise qu'il avait envie de parler du problème du mal-logement, "de ces quartiers totalement abandonnés." "J'ai grandi à Montfermeil, dans la cité des Bosquets, qui était une copropriété, mes parents ont acheté, et quand ils ont eu fini de payer leur crédit, ils se sont trouvés expropriés pour 10 ou 15 000 euros. Le syndic s'est barré avec la caisse", accuse-t-il.

S'inspirer du réel pour assurer une authenticité

À l'origine, Bâtiment 5 a été annoncé comme le second volet d'un triptyque démarré avec Les Misérables, consacré à Claude Dilain (maire de Clichy-Sous-Bois de 1995 à 2011, qui a été une figure de la lutte contre le logement insalubre). À noter que le personnage du maire Pierre Forges, joué par Alexis Manenti, est inspiré de plusieurs élus.

"Le point de départ de Bâtiment 5 était Claude Dilain. Je l'ai connu, trouvais son parcours intéressant à raconter mais au fil du temps et de l'écriture, le projet a basculé vers autre chose. D'autant plus quand un documentaire sur son histoire est entre temps apparu", explique Ladj Ly.

"Une fiction autour de lui aurait fait double emploi. Le scénario est donc parti sur d'autres pistes, mais j'ai conservé un personnage de maire et la toile de fond de l'habitat social qui était un des combats de Dilain. Mais j'ai surtout fait de ce maire, un homme de Droite."

Incarner l'espoir

Selon le réalisateur, Haby, campée par Anta Diaw, symbolise un certain espoir. La comédienne évoque aussi ce point en parlant de son personnage : "Ce qui m'a plu c'est qu'elle soit porteuse d'espoir. On sait que quand on vit en cité, c'est assez compliqué, on rencontre des difficultés que d'autres personnes n'ont pas l'occasion de rencontrer."

Pour le metteur en scène, il était "important d'avoir un personnage féminin, noir, qui milite, face au manque d'espoir. On se rend compte qu'avec la violence on n'est arrivés à rien. Malheureusement, ça ne change pas les choses", explique-t-il, interrogé sur France Inter.

"Ce personnage de Haby incarne l'espoir. On se rend compte que nos politiques ne savent pas du tout comment vivent les gens dans ces quartiers et sont amenés à prendre des décisions dramatiques", a-t-il conclu.

Bâtiment 5 est sorti au cinéma le 5 novembre.

publié le 6 décembre, Vincent Formica, Allociné

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